|
Vous êtes votre citoyenneté
Dans des sociétés diverses et urbanisées, caractérisées par une forte immigration, les gens se construisent une identité à partir de nombreux éléments : culturels, religieux, démographiques, professionnels, sexuels, etc. Toutefois, pour Irene Bloemraad, professeure agrégée de sociologie à l'Université de la Californie à Berkeley et chercheuse de l'ICRA, la citoyenneté constitue la source primordiale de l'identité. « Elle ouvre la voie au processus décisionnel démocratique et à l'engagement citoyen », dit-elle.
Dans des pays comme le Canada et les États-Unis, ces facteurs revêtent une grande importance pour les réfugiés, les immigrants illégaux et les résidents permanents. La professeure Bloemraad reconnaît qu'il est certainement possible pour les non-citoyens de participer aux affaires de leur collectivité - par exemple, en faisant du bénévolat à l'école du quartier ou en étant membres d'une association de locataires. Mais la citoyenneté a « bien des répercussions », et pas seulement parce qu'elle confère le droit de vote aux citoyens.
« Il s'agit de la protection ultime contre la déportation, note la professeure Bloemraad. Dans le contexte américain, si une personne n'est que résidente permanente et commet un crime donné, elle sera renvoyée. » Elle avance que l'on peut percevoir la citoyenneté de quatre façons. Il s'agit, évidemment, d'un statut juridique, mais on peut aussi l'interpréter en termes de droits, d'identité affective et de participation. Les significations varient.
Jusqu'au début du 20e siècle, par exemple, les Américaines pouvaient jouir de la citoyenneté, mais n'avaient pas le droit de vote. L'aspect identitaire de la citoyenneté permet de percevoir l'expression collective comme un sentiment de patriotisme ou de nationalisme. Selon la professeure Bloemraad, la définition la plus convaincante de la citoyenneté est de dire qu'il s'agit d'un véhicule pour participer à la société et à ses institutions, comme le système juridique.
« Cela vous donne un sentiment d'appartenance et le sentiment de pouvoir formuler des revendications légitimes contre d'autres membres de votre société. »
L'importance décroissante des frontières nationales dans certaines régions, de concert avec un sentiment croissant d'identité culturelle dans d'autres, suscite une certaine concurrence quant au concept central de citoyenneté. En Écosse ou au Québec, par exemple, la citoyenneté pour certains passe au second plan au profit de l'identité nationale. Dans l'Union européenne, en revanche, la citoyenneté supranationale au sein de l'UE permet la libre circulation, mais la professeure Bloemraad dit que cela continue à être une forme « faible » d'identité, car elle découle d'une citoyenneté conférée par des gouvernements membres individuels.
Selon elle, les institutions qui permettent aux immigrants d'acquérir et d'atteindre la pleine mesure de la citoyenneté ont plus d'importance. Dans des pays comme l'Allemagne, les travailleurs invités et leurs enfants ne peuvent obtenir la citoyenneté, reflétant ainsi l'ambivalence du pays en matière d'immigration. Dans des pays comme le Canada et les États-Unis, en revanche, des politiques comme le multiculturalisme et le 14e amendement (qui garantit la citoyenneté américaine à quiconque naît aux États-Unis) constituent des signaux puissants que les nouveaux arrivants peuvent, de façon réaliste, aspirer à devenir membres à part entière de ces sociétés. L'« accueil est chaleureux », dit-elle. « Particulièrement pour la deuxième génération, on ne peut mettre en doute leur statut en tant que membres de cette société. » |